Le remorqueur

Le remorqueur de planeur !!!

Quelle belle machine !
Un gros moteur, une hélice à petit pas, un crochet au bout de la queue… Un peu d’usure.

Sur un terrain de vol à voile, les remorqueurs de planeur sont les seuls aéronef « couillument »  motorisés avec 180 voire 235 CV installés sur des cellules d’avions de tourisme.
Les quelques moto-planeurs et ULM de passage avec leurs piètres 60 ou 100 CV n’ont qu’à bien se tenir !

Remorqueur

Et quelle prestance  ! On sent et on entend la puissance brutale s’exprimer dès la mise en route lorsque le démarreur gémit et peine à passer les premières compressions.
Soudain les premières détonations font rages dans les pipes d’échappement un bruit de tonnerre emplis nos oreilles et quelques flammes  jaunes orangées ravissent nos yeux lorsque le mélange d’essence trop riche finit de se consumer à l’air libre.
L’atterrisseur se comprime, la voilure vibre un instant comme un oiseau mouillé s’ébroue, puis l’herbe, sous le ventre de la bête, n’en finit plus de se coucher et de se tortiller sous l’action du pompage incessant de cette hélice devenue invisible.

Du bruit, du vent, des odeurs d’essence mal brûlée… ça sent l’aviation comme on l’aime. Ça coûte un max de pognon et gloutonne des litres de 100LL (Essence Avion) presque deux fois plus chère que l’essence automobile.
Mais on aime ça, c’est jouissif jusqu’à l’arrêt total de cette batteuse laissant derrière elle le bruit d’un ultime roulement de tambour fait de toile, de bois ou de tôles d’aluminium.

Ces merveilleux avions, on les aime avec leurs qualités et leurs défauts dont le principal est certainement de ne pas du tout être bâtis pour remorquer des planeurs.
Piètres grimpeurs finalement, malgré cette débauche de puissance qui en fanfare nous baladent cinq minutes durant, au dessus des maisons des riverains de nos chers aéro-clubs vélivoles.
Ces avions ne sont à la base que des machines touristiques dévoyées de leur fonction première : promener toute la famille le dimanche à 250 km/h en restant un tantinet sobre.
Mais voilà, demander à ces berlines 4 places de monter le plus vite possible à 120 km/h est une toute autre affaire.
On les appelle Rallye, Rémo, L19, Pawnee, Abeille ou autres Mousquetaire et tous sont fait pour une autre mission que celle de voler lentement et de monter efficacement.
Efficacement ou mieux encore avec efficience car la performance n’est rien sans l’aspect pécunier de l’affaire et Dieu sait si ces magnifiques aéronefs excellent en la matière !
De gros moteurs et de grosses soifs pour remplir ces réservoirs de 100LL  que l’on dispersera ensuite à raison d’une soixantaine de litres à l’heure !

Heureusement qu’un remorquage ne dure que 5 minutes !

Durant ces cinq minutes, on se sera fait plaisir bien sûr, en voyant d’abord quelque chose de surréaliste: Un avion en vol accroché à un autre aéronef par une corde de seulement 60 m, le tout volant à 120 km/h (virages, ligne droite, montée, et tout le tintouin).
Hallucinant, magique, …. limite casse gueule quand on y songe ! Essayez de faire ça avec deux voitures sur l’autoroute !… pas sûr que cela fonctionne.
Même pas peur ! Et pourtant, c’est un classique du vol à voile et ça se fait très bien à longueur de journée.

Techniquement, ça donne entière satisfaction mais on aura vu aussi tant d’énergie se diluer dans l’atmosphère !
Oui, le but est de donner de l’énergie potentielle (gain de hauteur) au planeur. Malheureusement, il faut aussi monter l’avion  puis le redescendre en fumant toute son énergie potentielle (quel gâchis !).
Remarquez que pour les skieurs c’est pareil… on les monte en haut de la montagne à grand renfort d’énergie nucléaire et ils crament tout ça en 10 minutes en réchauffant un peu la neige sur leur parcours.
Ici, c’est du pétrole et il coûte un peu cher (2€50 le litre de 100LL contre 1€50 d’essence voiture) et puis il faut en consommer beaucoup pour monter l’attelage.
L’avion lui en consommera beaucoup plus que le planeur qu’il remorque. Tout simplement parce qu’il est plus lourd, qu’il n’est pas fait pour voler lentement et économiquement (on dit qu’il vole aux grands angles d’incidence) et qu’il a une hélice et une vitesse de rotation d’hélice complètement inadaptées au vol à 120 km/h.
Alors, pour faire simple, dans ces conditions on peut s’attendre à un rendement d’hélice d’environs 60%. Donc des 180 CV à la sortie du vilebrequin, l’hélice n’en restitue qu’une centaine pour faire monter l’attelage.
Et de ces 100 CV, une grosse partie est utilisée pour faire monter lentement cet avion de presque une tonne.
A titre de comparaison, à 120 km/h, le planeur remorqué consommera entre 3000 et 6000 Watt, selon qu’il soit monoplace ou biplace, et l’avion lui en consommera environ 30.000 si c’est un Rallye de 180 CV.
Un rapport de consommation de 5 à 10, rien que ça !
Cela s’explique par la différence de masse mais surtout par le fait que le planeur, lui, vole aux petits angles d’incidence et que 120 km/h correspond le plus souvent à sa vitesse de « finesse maximale » (comprendre de meilleur rendement).
Pour l’avion, c’est tout le contraire, il est lourd et vole aux grands angles donc gâche beaucoup d’énergie en générant de grands tourbillons aux extrémités de sa voilure.

Bien triste bilan, technico-économique de ce remorquage tant aimé à la mode des années 70-80. Ces vieilles barques de 180 bourrins volent encore et crèvent le budget de nos derniers vélivoles.
Que faire alors ?
Espérer qu’un industriel de l’aviation légère se lance dans l’aventure en travestissant un de ses avions de tourisme ? Cela n’a jamais été une bonne solution technique et puis il reste aujourd’hui malheureusement bien peu de chose de cette friche industrielle.
Quelques survivances de la grande époque s’accrochent encore mais pour combien de temps ?

C’est maintenant les ULM qui se crêpent le chignon pour montrer leur supériorité sur les terrains de vol à voile.
Plus légers et volant naturellement moins vite, ils consomment de l’essence automobile et n’exigent pas grande qualification de la part du pilote.
Ils sont en principe moins onéreux à l’achat, quoi que l’écart avec un avion certifié s’amenuise. Tant de points forts pour charmer les dirigeants des club de vol à voile.
Oublierait on que ces ULM n’apportent pas de gain de performance malgré tous leurs atouts ?
Les anciens remorqueurs forts de leurs 180 CV ne montaient pas très fort et par temps chaud avec un lourd biplace aux fesses le décollage se faisait long. Ils étaient de temps à autre à la limite de l’acceptable sur le plan de la vitesse ascensionnelle.
Qu’en est il d’un ULM remorqueur de 100 CV et de sa petite hélice dans ces conditions ?
Cela montra t-il mieux ? décollera t-on plus tôt ?
Je ne pense pas.
Y a t-il alors un réel progrès si ce n’est celui d’avoir momentanément gagné quelques Euros sur le remorquage ?

Ces vieux avions avaient, à défaut d’être performants dans ce domaine, l’avantage de nous faire rêver et de nous rassurer par leur robustesse car, qu’il soit en bois ou en aluminium, aucun ne s’est laissé balader par un vent fort ou une atmosphère turbulentes.

La voie de l’ULM est la voie de la contrainte économique laissant l’efficacité au second plan.
Ne faudrait il pas simplement un avion spécifique dédié à cette mission ?
Un avion efficace, fait pour voler à 120 km/h sans trop consommer et doté d’un groupe motopropulseur adapté à cette même vitesse.

Une étude d’avion est en cours et mérite toute notre attention car elle permettrait enfin d’accroître la sécurité au décollage et également de réduire considérablement le coût du remorquage.

IM7

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