Vol d’initiation 2 (En piste)

Le vol d’initiation Part 2 (En piste)

[Suite du premier épisode (Osons faire un baptême en planeur)]

Marchant dans les pas du pilote, vous contournez cet étrange oiseau à la couleur passée par les ultraviolets. Le spectacle est de taille. La chose, très haute, vous domine et impose le respect. Ce vétéran du vol à voile semble presque aussi âgé qu’un Hurricane et pourtant il vole toujours tout comme son pilote voûté et envahi par une arthrose naissante certainement liée à sa condition d’homme volant perpétuellement assis aux commandes de son engin.

Vous voilà maintenant proche de la cabine. En quelques gestes mous, ce vieux monsieur ouvre la cabine. Les deux verrières grandes ouvertes laissent maintenant au grand jour un intérieur vintage en tous points comparable à l’extérieur. Tout est d’époque sauf peut-être la radio et les deux parachutes qui attendent sur les sièges.

Pour vous mettre à l’aise, votre pilote vous raconte un tas de chose sur cette demi-heure de vol que vous allez faire, à commencer par les présentations.
Ce vieux Monsieur vous explique qu’il est instructeur et que ce planeur est son préféré car pour lui c’est avec les bois et toile que l’on ressent le plus la masse d’air; une affaire de coup de pied aux fesses.

« Les plastiques c’est plus pour la campagne, mais on peut aussi faire des kilomètres avec un bois et toile… J’ai fait mon 300 en 1965 sur un émouchet »

« hummmm ?! »

Votre pilote vous explique maintenant qu’il faut mettre un parachute car c’est réglementaire. Cela ne sert dans la pratique quasiment jamais mais les planeurs évoluant souvent dans de petits volumes comme les ascendances, cela apporte une sécurité supplémentaire en cas de collision; ce qui reste hyper rare au demeurant.
Avec de bons conseils et rassuré sur votre avenir proche, vous voilà donc en train d’endosser ce drôle de sac. Des sangles font le tour de vos cuisses.
« Il faut bien les serrer en prenant soin de ne pas écraser certaines choses…ahhh ahhh ahhhh ! »
Ce rire un peu pervers vous fait comprendre que, de ce point de vue, les femmes ne prennent pas de gros risque à ajuster leur parachute.
« Il faut faire attention de ne pas torsader la sangle. Regardez ici »
Mais il ne va tout de même pas me tripoter la cuisse !

Une fois le bas ajusté une troisième fixation se fait au niveau de la poitrine juste à côté de la fameuse poignée d’ouverture.

« Vous n’avez pas de bob, on va vous en prêter un. »

Dans un geste d’une infinie bonté, un assistant vous ramène en guise de couvre-chef une antiquité. Ce vieux bob publicitaire d’un fond blanc sale est affublé d’un éléphantidé et d’une contrepèterie qui n’échappe pas à votre vigilance. « Mammouth écrase les prix !! » vous arrache un petit sourire tout en provoquant une avalanche de souvenir d’enfant affalé sur le canapé familial les yeux rivés sur cette vieille télé cathodique noir et blanc sur laquelle vous ne pouviez pas encore apprécier le nez rouge de Coluche.

Vous voilà affublé d’un bob sale et ridicule, de vos lunettes de soleil et d’un sac de 10 kilos à la fixation inconfortable prêt à écouter la suite de l’histoire.
Vous êtes maintenant physiquement, presque comme tous ceux qui vous entourent.
Votre pilote vous parle alors d’évacuation en vol, de verrière à éjecter, de sangles à libérer, de sortir de la cabine et finalement de cette fameuse poignée qu’il faut tirer n’importe comment, on s’en fout du moment que l’on tire bien sur la poignée et non sur la sangle….sinon !!! … Gloups !!!!

Sur ces paroles pleines d’optimisme, il vous invite à vous installer à bord.
Mais comment faire, le bord de la cabine semble bien haut.

« Si c’était un K13, je vous appuierais sur le nez, ça serait plus facile ! »

Encore un truc qui vous échappe…

« Mettez votre pied droit ici et appuyez-vous avec votre main gauche…  attention de ne pas emmener la verrière avec vous sinon vous aurez une bosse sur la tête….ahhh…ahhh…ahhh… »

Même si le petit rire taquin de votre pilote vous agace quelque peu, il va falloir vous y faire car dans peu de temps, que vous le vouliez ou non, il aura votre vie entre les mains et par la force des chose il sera votre meilleur ami.

« Vous pesez combien ? »
Qu’est-ce que ça peut lui foutre !!! Ok, j’ai quelques bourrelets dus à la quiche Lorraine et aux multiples injections de tartes à la mirabelle mais on va pas mettre ça sur le tapis.

« Eh bien 80 kilos environs »
Bon ok, je triche, en vrai c’est plutôt 84…

« C’était tout nu ??? »

Bon ben ça va là !!! il ne veut pas non plus connaître la couleur de mon slip !
« Oui ! »
Je lui dis ou pas que c’était après le popo !!!

« Alors ça ira…ahhhh…ahhh »

Il m’imagine à poil sur une balance et ça le fait marrer. Il est vraiment pervers ce type !

« Je vous demandais ça pour le centrage. »

« Euh, faut être tout nu pour avoir un centrage ? »

« ahhh…ahhh, non avec le parachute et vos vêtements, vous êtes suffisamment lourd pour la place avant…pas besoin de gueuse ».

En même temps la seule Gueuse que je connaisse c’est une bière…et sincèrement vu la chaleur qu’il fait j’en prendrais bien une fraîche !

« Je vous montre comment mettre les sangles. »
– Et c’est reparti pour une séance de tripotage…

« Je vous laisse faire tout seul »
– Donc pas de tripotage ?!! Merde, ça commençait à me plaire.
« Comme ça vous verrez le fonctionnement de la boucle pour attacher et détacher les sangles »

Vous êtes assis tout de travers comme si quelqu’un avait scié les deux pattes gauches de votre chaise. L’aile gauche étant en appui sur le sol, le planeur sur sa roue unique se trouve penché et vous aussi par la même occasion.

Le pilote continue les explications sur l’intérêt de se sangler pour faire corps avec la machine et surtout sur le vol qui va suivre. Il grimpe à son tour dans la cabine arrière surplombant celle dans laquelle vous vous trouvez.
En quelques gestes mous mais d’une infinie précision, vous l’entendez s’installer et se sangler.

« On y va ??? »

Jetant un dernier coup d’oeil sur la vétusté de votre proche environnement, vous lancez un timide:
« Oui »

« ahhhh…ahhh…ahhh…il faudra parler un peu plus fort car il y aura un peu plus de bruit. »

D’un geste de la main, votre hôte donne l’ordre au pilote de l’avion remorqueur de mettre en route.

Un fort bruit de moteur et d’hélice mêlés vous assourdi.

Quelqu’un à l’extérieur vous accompagne dans la fermeture de la verrière. A l’intérieur, ça sent l’homme avec tout ce qu’il y a de plus animal en ce terme. Il y a dans cette machine une couche épaisse de molécules aromatiques, mêlant colle, bois et transpiration.
Privé du petit courant d’air extérieur, en plein soleil, la température monte vite.
L’ambiance sonore change également sous cette bulle de plastique transparent. Les sons extérieurs sont partiellement gommés alors qu’en même temps les sons intérieurs sont modifiés par l’écho des parois très proches. C’est un peu comme si vous sortiez une belle grande tarte à la mirabelle d’un four encore chaud en braillant: « Putain elle est belle, qu’est-ce qu’on va se mettre ! »

Un autre intervenant se place devant le planeur et me montre l’extrémité de la corde munie d’un anneau. Un bref bruit de mécanique résonne puis l’aide extérieure accroche l’anneau au planeur puis, pour vérifier son action, tire sur la corde.
A l’autre bout, une autre personne accroche l’avion qui maintenant nous tourne le dos.

Toutes les parties mobiles de l’avion s’agitent devant mes yeux. puis il s’éloigne au pas traînant derrière lui un long spaghetti.
Votre pilote vous dit:
« Je vais faire un carré avec le manche »
Vous voyez alors le manche entre vos jambes décrire une longue trajectoire d’un coin à l’autre glissant le long de vos cuisses et vous forçant à écarter les jambes.
Alors là il est très fort ! Il arrive même à me tripoter à distance !

Au tour des pédales sous les pieds qui s’enfoncent puis reviennent alternativement puis la poignée bleue côté gauche.

L’avion continue à rouler tout doucement jusqu’à tendre cette corde et vous faire rouler sur quelques dizaines de centimètres.
Vous voyez la poignée bleue revenir en avant puis l’aile posée au sol se lève.
Votre pilote vous a expliqué que cela constituait, pour le pilote de l’avion, un signal visuel pour s’élancer sur la piste et décoller…

« Vous pouvez tenir les commandes avec moi si vous voulez mais ne forcez pas dessus… et surtout pas la poignée jaune !!! ahhh ahhh ahhh ! ».

« D’accord…!  »

Saucissonné sur un siège minimaliste et pédagogique, couvert d’un vieux bob et caché derrière des lunettes de soleil, vous voilà dans un silence presque monastique en train d’attendre sous cette verrière fermée. Le soleil de plomb de ce mois de juillet augmente la température dans cette étroite cabine et cela devient insupportable… Il est temps de faire rentrer de l’air frais.

à suivre …

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *